Des vies dans une vie
Solo Show Scroll Galerie, Nantes 07/12/2024 - 1/03/2025 Texte : Élise Bergonzi Le long des pavés qui somnolent dans la brume d’hiver, nous emboitons le pas du glaneur d’oracles. Il nous emmène à la lisière de notre monde, là où les morts murmurent à l’oreille des vivants. Progressant à pas feutrés sous un ciel d’obsidienne sans contours, on distingue les voûtes, les arches et les clochés encore incertains des lieux de cultes et de recueillement que notre guide visite compulsivement. Les constellations d’ex- voto aux couleurs irisés qu’il nous présente transpirent de symboles. Le glaneur les écoute nous conter religieusement les aventures de nos vies antérieures. Il nous accompagne sur les traces d’un jeu de piste où le réel se mêle au virtuel, où la matière s’enveloppe du sacré. Jean-Baptiste Janisset flâne et s’abandonne dans les églises rurales autant que dans les cimetières. Collectionneur d’ornements funéraires cueillis sur les stèles, les tombeaux, les colonnes, et les bas-reliefs de pierre ou de marbre ; il prélève et raméne les moulages de ces fragments magnanimes. Les symboles issus ses vagabondages nécropolitains ou cléricaux sont fondus dans le plomb pour épouser les formes cryptiques que l’artiste archive à la manière d’un alchimiste. Ses sculptures se transforment en amulettes chatoyantes capturant les âmes silencieuses qui reposent en ces lieux. En archéologue de ces micros territoires chargés d’histoires, l’artiste se voit comme un cochon truffier cherchant le Graal,cet objet magique agissant comme une énigme murmure dans le cloître d’une église ; comme un talisman capable de nous révéler des secrets liminaux et d’éveiller nos esprits pour résoudre le mystère de nos vies contemporaines. Entre Marseille, Barcelone et Amsterdam, ou entre Nantes et Fontevraud, il sillonne la France et l’Europe, partant la rencontre des forces magiques et occultes qui suintent sous la pierre des monuments cultuels. Jean- Baptiste Janisset se met en quête des savoirs ancestraux et des récits manifestes transmis dans la pierre, par la main des artisan•ne•s qui les ont façonnes. Les territoires prélevés transpirent ainsi des marques distinctives de celleux qui ont sculpter les terres où se recueillent les vivants et où reposent les morts. Chaque moulage devient alors une offrande rendue, un hommage fasciné à ces lieux et à leurs histoires. Chaque vidéo se déploie à la manière d’un portail vers un territoire fabulé, comme un trou de ver aux delà du tangible. Inspiré par l’escape game dans lequel il a curaté deux expositions à Marseille, Jean-Baptiste Janisset assemble ses bas-reliefs augmentés sous forme d’énigme. Un jeu de clés, de serrures et de portes dérobées nous entraine vers une échappatoire symbolique précipitée au cœur de cette épopée rocambolesque de fragments ornementaux. Ils nous font accéder à d’autres niveaux de conscience. Sous chaque symbole s’en cache un autre, permettant de s’évader dans les méandres de notre propre spiritualité ou à la frontière de la fiction. Avide de folklores ésotériques et d’abécédaires funéraires comme de messages cryptés et de coffres au trésor ; pour l’exposition Des vies dans une vie, l’artiste nous propose une quête mystique transcendantale où l’on navigue dans un jeu vidéo éthéré, peuplé par les vestiges d’un imaginaire spectral. Reprenant le principe du geocaching, le•a héros•ienne devient glaneur•euse à son tour, téléporté•e dans une chasse aux œufs grandeur nature, guidé•e par les figures volages et maladroites qui s’animent dans un reflet lunaire. Ces chimères miroitantes nous indiquent les voies empruntables, celles qui illuminent des chemins de croix dans la pénombre en soulevant le voile entre les mondes. Motifs religieux, végétaux sublimés ou figures humaines archétypales ; ici, le réel archéologique se fond dans l’empreinte d’une mythologie contemporaine impulsée par certains codes du gaming. Sans perdre la moindre goutte de leur teneur spirituelle, les rébus issus des assemblages de Jean-Baptiste Janisset s’élévent avec légèreté aux rangs des fables chevaleresques de nos romans d’aventuriers. Comme une dernière offrande, ils nous invitent à partir en quête de l’éniéme symbole que l’artiste a caché dans le marbre patiné d’un sépulcre endormi. À l’endroit ooù l’on bâtit la chapelle Notre-Dame de Miséricorde à la gloire des chevaliers de la légende du dragon de Sautron, se trouve un cimetière que l’on surnomme le Père-Lachaise nantais. Frayez-vous un chemin entre les allées sinueuses et les sépultures de granite. L’un des cochons de Fontevraud s’est glissé dans le recoin d’un tombeau gardé par une porte en fer défraîchie. Deux bouquets de pétales roses délavés et une vierge aux mains jointes veillent sur lui, un voilage bleu ciel a? la ceinture. Sauvez-vous retrouver sa trace ?