Gaïndé


L’Esprit Gaïndé, Jean Baptiste Janisset, février 2015 Mon projet s'est concentré sur la figure du lion, un symbole particulièrement fort au Sénégal qui participe d'un monde énigmatique, proche de l'irrationnel mais également lié à la nation sénégalaise, à ses imaginaires politiques et sociaux. Il était, avant la présence française dans cette partie du monde, l’animal symbolique du pouvoir. Avec l'Indépendance, il devint l’animal officiel de l’État sénégalais. J'ai emmené à Dakar le moulage d'un renfort de lion appartenant à l'ancienne pédiluve de la gendarmerie de Nantes (place Aristide Bertrand, bâtie au milieu du XIXème siècle). Emporter le moule de cette figure de lion était une manière d'évoquer l'histoire négrière et coloniale de la France, de Nantes, et de penser l'idée d'un retour/restitution des patrimoines et forces symboliques en Afrique. Ma première idée était d'organiser un événement, une cérémonie autour de moules en plâtre de cette figure, composant un espace sculptural qui permette de rejouer la puissance du lion. Au Sénégal, sur les conseils de Ker Thiossane, les tirages de ce moule ont été réalisés par le centre de poterie associative Colombin (un centre accueillant des enfants sourd muets et autistes). Les enfants ont pris le soin de réaliser 13 Lions, Gaïndé, en plâtre qui ont été peint selon leur goût. Ensuite, après avoir pris connaissance des cérémonies Simb, j'ai décidé d'en organiser une, le vendredi 13 février, pour l’inauguration de l'aménagement des 13 Lions en plâtre dans le jardin crée par le Falblab. Une vidéo à été réalisé de la cérémonie. Cette expérience, qui repose avant tout sur des rapports humains et symboliques, autour de la figure du lion et de l’organisation de la cérémonie, m’amène à penser que l’activation d’événement enraciné dans les veines culturelles, fertilisent les mémoires collectives et s’enracinent dans le présent. Un phénomène que l'on pourrait appeler régénération du patrimoine identitaire élevant les strates intimes voir même les pensées spirituelles et religieuses des individus. Ou conduisant à un niveau de conscience spécifique, décrit par Henri Bergson "à savoir que la vie, ou la conscience, est un courant s'insérant dans la matière - le point de cette insertion étant "organisation", et visant à y introduire de la liberté." (page 17 Conscience et la vie) Voici quelques informations sur le Simb. « L’origine de cette coutume et de ces danses remonte aux temps animistes et fétichistes antérieurs à l’Islam. Les hommes étaient alors soumis aux esprits qui pouvaient prendre le contrôle d’un individu malgré lui, de façon aussi soudaine qu’imprévisible. Dans le cas présent, suite à une rencontre avec un diable transformé en lion, ou avec un lion particulièrement fier et féroce, un homme pouvait, choqué par une rencontre aussi imposante, être possédé à son tour. Cela n’était pas sans conséquence et une cérémonie de désenvoutement était alors indispensable pour permettre à l’homme de réintégrer la communauté humaine. Car c’est de possession dont il s’agit et, en tout cas à l’origine, le jeu du Faux-Lion était une véritable cérémonie de désenvoutement. Le nom de Simb viendrait d’ailleurs du mot simboo, nom donné à un lion particulièrement puissant en son temps. Simboo qui donne le nom de la danse Simb est un lion du Walo particulièrement fort et puissant. Un jour un jeune chasseur marche dans la brousse du Walo au cœur de la région du fleuve Sénégal. Sur la route, Simboo se jette sur lui pour le dévorer. La lutte est intense et Simboo vaincu laisse le jeune homme s’enfuir. Choqué par cette rencontre, le chasseur ne sera plus jamais le même. Il se transformera peu à peu en animal. Le jeune homme mange de la viande crue, se couvre de poil et pousse des cris surnaturels. Il devient le lion. Les guérisseurs du village inquiets décident d’intervenir et organisent une cérémonie de dépossession. Pour tromper le possédé et le guérir de son identification avec la bête, le simb est organisé. L’homme lion est ainsi ramené au monde des humains. De nos jours la peur initiale persiste car la punition des lions n’ est pas tendre. La frayeur qu’inspire le simb ravit les spectateurs venus dans l’espoir de sortir du quotidien et d’entrer dans un univers complètement différent. Face à un animal de cette importance, l’homme peut s’en sortir par des « jat » en « l’hypnotisant par des formules magiques ». Issu d’un ancien rite de dépossession, le Simb conserve aujourd'hui son aspect incantatoire et thérapeutique. Les Faux-Lions se maquillent soigneusement, et, au fur et à mesure de leur transformation, « changent de peau » en se laissant posséder par l’esprit de l’animal. Une fois métamorphosés, avec ses assistants (comme, par exemple, deux Hommes-Lions, deux Hommes-panthères et deux Hommes-Femmes), ils pénètrent enfin dans l’arène aménagée pour le spectacle. Les danses sont vives, endiablées, les tam-tam insistants et le Faux-Lion et ses acolytes font l’admiration des foules pour leurs talents de danseur. Ils parlent le « Jat » est la langue – un mélange de wolof, d’arabe et de peul – qui, elle seule, permet de communiquer avec le lion qui, lui, ne comprend rien d’autre. Le « Simb », aujourd’hui, s’est préservé de l’interdiction des Imams en devenant spectacle traditionnel et en passe d’être classé patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. ( Hana Geroldova, Simb le spectacle des Faux-Lion, Octobre 2013, www.africavivre.com) Enfin, j'ai décidé de déplacer un des multiples spectres du Lion et de le ramener en France. J’ai donc moulé la face d’un des huit lions se trouvant sur la fontaine de la place de l’Indépendance à Dakar.




renfort de lion appartenant à l'ancienne pédiluve de la gendarmerie de Nantes


place Aristide Bertrand, bâtie au milieu du XIXème siècle


Réalisation d’un moule par les jeunes du centre de poterie associative Colombin.


Réalisation d’un moule par les jeunes du centre de poterie associative Colombin.


Une partie de l’équipe du centre de poterie associative Colombin et moi même.


Dernière exposition au soleil des Lions en plâtre avant la cérémonie Simb.


La cérémonie débute par une errance des Faux-Lions dans les rues


Moulage d'un lion en plâtre réalisé place de l'indépendance à Dakar.


Moulage d'un lion en plâtre réalisé place de l'indépendance à Dakar.


Exposition "Présence du Futur" / 4 au 28 novembre / Atelier les réalisateurs / Nantes

Court-métrage "Gaïndé"